Le Pur-sang arabe

 

INTRODUCTION   pur sang-arabe cheval

I.  Évolution

II. Les shows 

III. La course

IV. L’endurance

V. autres disciplines

INTRODUCTION 

   Pour la plupart des gens, l’Arabe reste le cheval par excellence. Il est effectivement certain que, sans lui, l’élevage du cheval de sang eût été impossible.

Depuis des siècles, plusieurs races de poneys et de chevaux lourds ont été plus ou moins améliorés par des croisements avec l’Arabe. Elles y ont gagné en mobilité, rapidité, endurance, tempérament, élégance et beauté physique. L’Arabe a joué dans l’amélioration du pur-sang anglais un rôle capital et stimulé l’élevage du cheval de selle. Donc essentiel pour l’amélioration de la race chevaline, l’Arabe demeure sans conteste le plus beau et le plus racé des équidés.

C’est là un heureux hasard, car sur les hauts plateaux de la péninsule Arabique, les Bédouins du Nadj ( ou Nedj) qui pratiquèrent pendant des siècles l’élevage de cette race remarquable se préoccupaient avant tout d’accroître la résistance, la puissance, la rapidité, la frugalité et la soumission à la volonté du cavalier. Pour y parvenir, ils procédaient à une sélection impitoyable, à des croisements consanguins et veillaient avec un soin jaloux à la sauvegarde du sang originel.

Pour un éleveur, entreprendre une journée de voyage avec une jument pour trouver le reproducteur adéquat était monnaie courante, et les Bédouins du désert connaissaient par cœur la généalogie de leurs chevaux.

Si l’origine du cheval Arabe reste incertaine, peintre et gravures montrent que les Assyriens, les Perses et principalement les Égyptiens de l’époque pharaonique montaient déjà des chevaux aux jambes longues, élégants et racés, ce qui laisse supposer que ce type d’équidé léger et rapide n’est pas dû à la sélection et à l’intervention de l’homme, mais le résultat d’une adaptation aux conditions de vie extrêmes du milieu désertique originel.

De cette souche primitive résultent les différentes races et espèces que l’on qualifie globalement d’« orientales », dont fait partie le cheval vivant dans le désert de la péninsule arabique.

La légende selon laquelle les Arabes pur-sang auraient eu pour ancêtres les cinq juments préférées du Prophète ne repose sur rien (source : Le Coran). En revanche, il est certain que, par son extraordinaire prescience et par son expérience de l’élevage qu’il a défini et clairement exposé dans le Coran, Mahomet a joué un rôle capital dans l’évolution et l’amélioration delà race arabe.

L’expansion de l’Islam autour du bassin méditerranéen a par ailleurs contribué à répandre le cheval Arabe dans l’Afrique du Nord et dans le Sud-Ouest de l’Europe.

Par la suite, ces Arabes d’importation furent recherchés par les marchants, achetés, exportés. Des élevages se créèrent sur tous les continents.

Rien qu’aux Etats-Unis, l’effectif s’étend actuellement à 500 000 chevaux de race Arabe dont les ancêtres étaient d’authentiques animaux du désert et qui, de fait, méritent l’appellation de pur-sang Arabes ?

Cette race se divise en trois types et fait l’objet d’élevages distincts. Le premier, le Kehailan, apparaît vigoureux, résistant, dur à la fatigue ; le second, le Seglevi, plus féminin, plus élégant, plus fin ; le troisième, le muniqi, est un animal particulièrement rapide, au corps allongé, d’allure un peu rustique, qu’on élève pour la selle et la course de plat. Ces trois types regroupent un grand nombre d’espèce et de famille et le seul Kehailan n’englobe pas moins de 105 lignées d’élevage.

Aucun cheval n’atteint la beauté, la noblesse, l’harmonie et la finesse d’un Arabe pur-sang, à plus forte raison s’il est type Seglevi ou Kehailan ; aucune race n’allie avec autant de bonheur la vivacité, la docilité, la résistance, le tempérament aimable et l’ardeur.

Le cheval arabe est actuellement élevé partout dans le monde. Son élevage se généralise mais sa sélection se diversifie selon les pays.. Par exemple, on produit en France plus facilement des chevaux arabes de course, alors qu’aux Etats-Unis, la production de chevaux de beauté (show) et favorisée.

I.  Évolution

11 Historique 

D’où vient-il ?
La question, déjà complexe, est obscurcie par une approche à la fois légendaire et religieuse. Différentes explications existent de la naissance de l’arabe ; bien évidemment, ces thèses provoquent de vives controverses dans un domaine où les passions sont souvent excessives.

Ce qui est plausible ?
D’abord, une première naissance de l’Arabe en Asie dans un vaste foyer d’où viennent les bédouins (certains d’avant Mahomet), les récits ont souvent pour thème un cheval au poil fin et court, par opposition à des chevaux peut être plus proche du Tarpan.

Ensuite une seconde naissance par sélection à la fois naturelle, soumise aux contraintes du désert, et humaine, découlant du nomadisme, des raids de pillage (rezzou) et de la chasse dans la péninsule arabique. Mais les apports de sang sont nombreux par la Mer Rouge, l’Orient et peut être même l’Europe, avec laquelle les échanges vont aller en croissant à partir du VIIème siècle, quand explose la conquête arabe, alors même que Mahomet vient de structurer l’élevage de ce cheval en accordant des avantages fiscaux, religieux, en créant la notion toute nouvelle de lignée pure, les « Assils », qui ne reproduisent qu’entre eux. L’invasion arabe induit évidemment l’invasion équine, malgré le souci de garder farouchement les sujets purs. Cette invasion a modifié le Barbe en Afrique du Nord et l’Andalou dans la péninsule Ibérique.

Les Arabes ont fait deux choses lors de l’extension de leur domination :

 Ils ont préservé jalousement la pureté de leurs lignes d’Assils ;
 Ils ont utilisé l’Arabe comme améliorateur des chevaux indigènes d’Afrique du Nord et de la péninsule Ibérique. Ils ont même étendu jusqu’en Inde les métissages avec leurs chevaux.

12 Géographie

L’Arabe est-il universel ?

   En cette fin de XXème siècle, l’expansion mondiale de l’élevage arabe est prodigieuse et paradoxale : les pays du berceau de la race ne produisent plus que très peu, et les pays de peuplement européen concentrent l’essentiel du cheptel. Ainsi, en 1991, les Etats-Unis ont eu près de 13 000 naissances (contre plus de 40 000 au début des années 80) pour 19 en Jordanie, 28 en Oman, 33 à Bahreïn, 40 en Syrie, 44 au Qatar, 113 en Israël, 116 en Arabie Saoudite et 160 en Egypte (Equus International, déc. 1992). Cependant, l’élevage repart au Moyen Orient actuellement.

La satisfaction qu’on éprouve à voir le cheval arabe sauvé par l’élevage occidental doit être tempérée par la prise en compte des avertissements radicaux de Robert Mauvy. Ce grand spécialiste de l’Arabe, ayant vécu en Orient, considérait que « ces caractères ancestraux(…) forcément s’échappent et disparaissent dans les pays qui ne sont pas le sien » .

Pour lui, on ne peut faire, en dehors du berceau de race, qu’un « Arabe Occidental » qu’il jugeait sévèrement, tout en l’élevant, bien sûr… « pensez-vous que le poulain élevé dans les brumes du Nord, qui a absorbé les sucs des herbes aqueuses et acides, a manqué d’insolation sous ces climats, ait les os et la constitution qu’il aurait eu dan son pays ! ».

L’or y est devenu du plomb, quoi qu’on en dise. Il a épaissi, son muscle est mou ; il a bien quelques exubérances mais non la tenue, l’insouciance dans l’effort ; il n’a plus le muscle de bronze, les tendons à toutes épreuves, cette brutalité dans le geste !

Pour lui, « l’animal, tout comme la plante, n’est que l’expression du sol et du climat qui l’ont fait naître. Dans la nature, il y a des crus pour chaque chose(…) ».

« L’Arabe n’est pas un article courant que l’on peut élever impunément partout. Il n’est pas international. Il n’a qu’une patrie : l’Arabie et son féroce climat. Il n’a qu’un producteur ; le Bédouin. Il n’a qu’un régime : la flore de la péninsule Arabique, le soleil d’Orient et l’air vif et pur, irrespiré, le vent âpre du désert, la brûlure du jour et le souffle glacé de la nuit, l’exercice forcé dès sa naissance, voilà ce qui fait l’Arabe ».

II Les shows

 

pur sang-arabe cheval 2Imperial Mashhar, étalon noir du Haras Royal. Champion du monde junior 93.

   Les concours de modèle et allures à la mise en scène spectaculaire, ou shows, apparurent récemment.
Leur succès étant grand, ils sont devenus la principale direction sélective de l’élevage occidental, sur fond d’intenses spéculations. Le milliardaire David H. Murdock a ainsi acheté pour son haras californien de Ventura Farm des arabes à des prix stupéfiants : 325 000 dollars pour Heritage Desiree, 450 000 pour Fantazzia, 806 000 pour l’étalon Bandos, 1 500 000 pour la jument Penicylina… un autre Américain acheta à la Pologne l’étalon El Paso, déjà âgé, pour 1 000 000 de dollars en 1981 ! (Equus International, déc. 1992).

Certes, les chevaux de shows ont développé une beauté très infatuée d’elle-même dont la contemplation reste toujours un émerveillement : beaucoup y voient un antidote à notre civilisation industrielle et urbaine. Certes, encore, bien des chevaux de shows sont aussi des athlètes incontestables en tant que champions de courses.

Mais d’une façon générale cette orientation sélective à des conséquences redoutables : elle dévoile l’Arabe en mettant en avant des critères esthétiques (parfois éloignés des beautés traditionnelles !) à un point tel que de sérieux défauts de modèle ne sont pas, ou guère sanctionnés. Elle sélectionne des caractères malléables à l’excès, à même de supporter les contraintes de l’entraînement au show, qui font sorti du type arabe authentique. De plus, elle confine l’Arabe dans une inutilité forcée. Ces chevaux demeure si chers qu’ils ne sont plus qu’exceptionnellement montrés ! et qui songerait encore à utiliser comme améliorateur ces bibelots ? enfin, elle fait juger l’Arabe sur une allure qu’il a, certe, aérienne, le trot, alors que dans la sélection ancienne, elle se faisait sur le galop et sur le pas (le « galop de longtemps » pour les bédouins).

Elle a enfermé l’Arabe dans des catégories d’origine sans intérêt pour l’évolution de ce type. Ainsi, on élève du « pur polonais », du « pur égyptien » (dire straight egyptien pour faire meilleur effet), du « pur russe », du « pur espagnol » même, en oubliant que ces lignées ont communiqué entre elles jusque dans un passé très récent ! on sélectionne donc sur des pools génétiques d’une étroitesse désastreuse, par fétichisme et par spéculation, tout en se privant de produire de meilleurs chevaux en croisant ces origines entre elles… Ces ségrégations font disparaître l’Arabe derrière un qualificatif géographique, du reste délocalisé puisqu’on élève ces lignées partout !

règlement des concours

III La course

pur sang-arabe cheval 3

 Hippodrome de Rabat, un jockey et son pur-sang arabe.

   Cette activité connaît un renouveau mondial, qui est gros d’espérance pour l’avenir de l’Arabe.
Les prix très élevés atteints pour les meilleurs sujets permettent de développer la production selon le critère sélectif qui garantit mieux d’autres utilisations.

Alors que la Pologne utilise depuis ¾ de siècle les courses comme critère de simple préservation de qualité athlétique dans les lignées célèbres pour leur beauté, la France en a fait un critère exclusif de sélection de ce qui est devenu « l’Arabe français ». Il s’agit de courir sous un poids élevé pour dégager les reproducteurs à même de fournir le cheval de guerre de notre cavalerie, spécialement des anglo-arabes.

Les origines françaises (et Afrique du Nord) ont ainsi développé une aptitude à la course qui est presque sans équivalent dans le monde. Mais cette activité s’était éteinte, ou presque, dans les années 60-70 jusqu’à voir disparaître les courses réservées aux Arabes purs. Ainsi, en 1972 (année de naissance de Manganate, l’Arabe du siècle, désormais pour les Américains !), les naissances de produits issues de deux parents d’origine française course se comptaient aisément sur les doigts d’une seule main… En 1965, il y avait eu que deux naissances d’Arabe en France, non destinés à la course !

Les Haras Nationaux eurent l’immense mérite de continuer, dans ces années de crise, l’achat d’étalons de course, parfois envers et contre tous : l’achat de « Manganate » fut ainsi violemment critiqué (annexe 10). Alors un éleveur français d’Arabes polonais vouait nos lignées au couteau. En effet, les polonais restent les principaux concurrents de la France en temps que producteurs de chevaux arabes de course.

Les progrès de ces dernières années dans le niveau des courses d’Arabes en France stupéfient bien des entraîneurs. Alors que ces chevaux sont en général bien plus chargés en poids que les Anglais des courses de 2000 mètres ou plus sont effectuées par ces montures plutôt petites (bien que dépassent souvent 1,55 m) dans le temps des handicaps de pur-sang.

La base de sélection s’avère numériquement encore très insuffisante : mais elle s’élargit. Ne peut-on penser à une évolution rapprochant l’Arabe des performances de son descendant anglais ? Ce qui bouleverserait bien des idées reçues !

IV L’endurance

   C’est là que l’Arabe apparaît véritablement sans grande concurrence, soit en type pur, soit en croisement (surtout avec des produits d’origine inconnue, très arabisés, du Sud de la France).

Cette activité difficile avec des épreuves de 160 km qui se courent à plus de 17 km / h !, dégage un modèle que bien des cavaliers de sports traditionnels jugent avec mépris (des « claquettes », disent-ils…) Mais cette compétition permet de préserver le polymorphisme du cheval, sur un type d’effort plus proche de l’exploitation des possibilités naturelles de l’espèce.

Cependant, la sélection sur l’endurance ne dégagera que rarement des reproducteurs utilisés pour le croisement « sport », même si elle met en évidence des qualités fondamentales (rythme cardiaque très bas, capacité respiratoire élevée, solidité des jambes, volonté dans l’effort, …etc), tant les préjugés sont tenaces.
Et pourtant, le cheval d’endurance exprime bien de la « trempe » !

V autres disciplines

   Des efforts se dessinent pour mettre des Arabes en compétition dans la trilogie classique (Concours de Saut d’Obstacle, Concours de Dressage, Concours Complet d’Equitation) mais ne suffisent toujours pas à vaincre les préventions malgré de belles réussites.

Les autres activités (attelage, polo, horse-ball, randonnée…) ne font pas l’objet d’une sélection en Europe, alors qu’aux Etats-Unis, l’Arabe est beaucoup plus utilisé, jusqu’en équitation américaine.

Il reste à espérer que l’Arabe sorte de son ghetto : il a toujours son rôle d’améliorateur à jouer !

 

Isabelle PIQUÉE.

 

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